Le Linceul, de François Dubreil (éditions Pierre Téqui)

Avec Le Linceul, je renoue avec le roman historique, laissé de côté depuis un moment déjà, alors que j’affectionne tout particulièrement ce genre. Je réalise en écrivant ces lignes que les trois précédents livres que j’ai présentés étaient précisément des romans historiques, mais pour la jeunesse, j’y avais donc bien moins d’intérêt personnel.

Le Linceul nous entraîne sur les traces du Saint-Suaire, la relique la plus populaire et la plus controversée de la religion chrétienne, puisqu’il s’agit d’un linge sur lequel sont représentés un corps et un visage humains, et qui a longtemps été admis pour être le linceul ayant enveloppé le Christ après sa mort. Ce linge est aujourd’hui conservé à Turin, d’où son appellation commune « le Linceul de Turin ». Aujourd’hui, la plupart des études, ainsi que l’Eglise, s’accordent sur l’origine médiévale de l’étoffe, notamment depuis l’expertise de datation au carbone qui a eu lieu en 1988 mais certains experts n’écartent pas une éventuelle erreur de procédé, ni la possibilité que le linceul soit beaucoup plus ancien.

C’est dans ce contexte que débute notre intrigue : Jonas Trust, milliardaire australien à la tête d’un empire médiatique, et hostile à l’Eglise, réclame au Vatican une nouvelle datation du Saint-Suaire, afin d’éliminer définitivement tous les doutes quant à l’imposture de la relique. Or, le professeur Moricca, chargé par le Vatican de co-présider la commission d’étude, meurt brutalement dans des circonstances troubles. Paul Brouard, éminent historien qui a déjà rendu maints services à Rome (voir les deux premiers volumes de la trilogie, La Couronne et Le Tombeau, que je n’ai pas encore lus!), est mandaté par le pape pour éclaircir les raisons mystérieuses de cette disparition.

Accompagné par Nina, la fille du professeur disparu, elle-même historienne, il se lance alors dans une recherche effrénée qui le conduira dans toute l’Europe, de Rome à Turin en passant par Paris et Istanbul. On assiste successivement à un dîner dans les appartements du pape François, à l’incendie de Notre Dame de Paris et à une balade dans l’empire byzantin, où l’on voit renaître le faste de Constantinople pour le meilleur et pour le pire, le tout en faisant escale dans les plus grands palaces d’Europe…

Je ne peux pas dire que ce soit le plus grand roman d’aventures que j’ai lu, les personnages sont peu complexes, et campés davantage pour étayer le discours de l’auteur que pour leur intérêt narratif. Mais ils ont l’avantage d’être sympathiques, et malgré tout l’ensemble fonctionne bien, le style est agréable et on ne s’ennuie pas.

C’est un roman extrêmement bien documenté, très intéressant sur le plan historique.

François Dubreil défend une cause résolument chrétienne , mais ce n’est pas tant de l’authenticité éventuelle du linceul qu’il s’agit, d’autant que cette authenticité n’a jamais été reconnue par l’Eglise. L’auteur nous invite à une démarche de recherche quasi scientifique, à fouiller l’histoire et chercher des réponses au-delà des certitudes préétablies.

C’est d’une part, la recherche historique qui prime, ici menée avec rigueur et honnêteté, ce qui est très appréciable, d’autre part c’est également l’occasion d’une réflexion sur les fondements de la foi et la doctrine réelle de l’Eglise.

Et même si les personnages bien campés (trop?)du roman peuvent sembler parfois un peu simples et manquer de relief, ils permettent d’établir une vraie dialectique et servent un discours pour le coup érudit, sensible et nuancé, qui interroge les rapports entre foi et histoire et réhabilite certains principes chrétiens souvent mal compris, sans omettre dans sa réflexion de douloureuses questions, telles que les scandales sexuels qui ébranlent régulièrement l’Eglise.

Quelques pages de l’auteur clôturent le livre afin d’expliquer le contexte et sa démarche d’écriture.

En bref une lecture agréable et intéressante, qui donne envie d’en savoir plus…

***

Publié par Rue des Lettres

Rêveuse accro aux livres. Maman 3x, comblée et débordée! Un jour j'aurais une librairie. Et une cave à vin...

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