Ce qu’il faut de nuit (Laurent Petitmangin)

Résumé

C’est l’histoire d’un homme veuf, cheminot dans une région de France désaffectée, élevant seul ses deux fils, tant bien que mal. Les fils en grandissant prendront chacun leurs distances avec leurs origines, mais par des chemins bien différents. Malgré les incompréhensions et les tragédies que la famille traversera, demeure en filigrane, comme un fil rouge, l’affection qui les lie tous les trois et que rien ne semble pouvoir entamer.

Mon avis

Première lecture de cette rentrée 2020, le livre m’a attirée pour trois raisons : d’abord son auteur inconnu (il s’agit du premier roman de Laurent Petitmangin), puis son titre, mystérieux et poétique, et enfin des éléments de roman à l’opposé de moi et de mes habitudes littéraires : un père de deux garçons, (moi qui ai l’impression de ne lire que des histoires de filles et de maternité) dans un milieu provincial populaire et désaffecté bien loin du glamour de la vie intellectuelle et culturelle…

Bien m’en a pris car nul besoin de s’identifier aux personnages pour se sentir concerné et être touché par ce récit, qui se lit très vite et a réussi à me prendre à la gorge par moments.

Le roman brille par sa profondeur plus que par son éclat : pas de glamour, les personnages ne sont pas des héros, ils vivent des événements douloureux mais ordinaires, inscrits dans le réel.
L’auteur rend très bien cette simplicité. Les mots sont justes, l’écriture sobre, quoique très vivante, on entend presque l’accent lorrain…

Ce qui finalement rend le roman poignant, c’est l’humanité qui habite ces évènements : l’espoir qu’un père met en son fils, le temps qu’il est heureux de passer avec l’autre pendant un match de football, même sans se parler, les chamailleries et la complicité de deux frères, la joie d’un père à les observer. Et puis aussi le souvenir d’une mère ou épouse disparue et la souffrance pudique liée à cette disparition. L’incompréhension, la rancune qui peut éloigner deux personnes très proches sans qu’elles cessent de s’aimer, les valeurs divergentes, l’attente des réconciliations qui ne viennent pas, la honte, qu’elle soit justifiée ou non…

Sous l’apparence du roman social, l’auteur livre un portrait de famille qui rend bien la subtilité et la complexité des liens familiaux, la difficulté à rester unis, à pardonner et accepter l’autre.

J’y ai vu pas mal d’espoir et d’amour, et pourtant le contexte ne s’y prête pas.
C’est pour cette raison que c’est aussi une jolie leçon d’humilité. Car cette humanité sensible qui transparaît au milieu d’un quotidien difficile et rustre, c’est bien notre lot à tous : en effet, quel que soit le milieu familial, social ou culturel, nous traversons tous les même joies et tragédies avec une seule injonction : vivre encore.
C’est d’ailleurs là que le titre du roman prend tout son sens, puisqu’il est justement extrait d’un poème de Jules Supervielle intitulé Vivre encore…

Extraits


Mon fils était encore vivant et, soudainement, sans que je sache pourquoi, j’en avais été à nouveau heureux. D’un bonheur que je n’avais pas connu depuis des années. Un bonheur qui m’avait tenu toute la soirée. Je m’étais installé dans sa chambre, j’avais respiré ses draps en pensant à lui, en priant pour qu’il dorme bien, qu’il entende un peu, comme moi, la rumeur de la nuit.


Je ne regrette rien de ma vie, en tout cas pas celle que nous avons vécue ensemble. Je pense que ça a été une belle vie. Les autres diront une vie de merde, une vie de drame et de douleur, moi je dis, une belle vie.

***

Publié par Rue des Lettres

Rêveuse accro aux livres. Maman 3x, comblée et débordée! Un jour j'aurais une librairie. Et une cave à vin...

5 commentaires sur « Ce qu’il faut de nuit (Laurent Petitmangin) »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :